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dimanche, 24 juin 2012

A Robert Marcault, mémoire vive d'une extermination programmée par des monstres

Amis Blogueurs ce texte que vous allez lire là est le reflet exact de toute une après midi passée avec un homme d'exception, Robert Marcaux, qui, à plus de 80 ans continu encore et encore à témoigner de ce que furent les camps d'extermination, lui le survivant, ne veut plus que cela recommence. Ce texte a été écrit pour raconter à mes petits enfants ce que des hommes ont pu faire à d'autres hommes dans une folie collective dévastatrice. CELA S'EST PASSE EN 1944, l'Europe était en feu.

robert marcault

Réfugié avec toute sa famille à Capendu, où il était scolarisé avec son frère de 3 ans son ainé et ses deux jeunes sœurs Mireille(13 ans) et Claude(6 ans). Robert Marcovici (Marcault après la libération et sur proposition d'un préfet), loge dans une maison que la famille Thémines leur loue. Maison actuellement située tout près de la rue Marcovici, ainsi nommée en mémoire à cette famille martyre et que la famille Thémines habite d'ailleurs encore à ce jour. Le fils Albert a été son copain d'enfance. L'adolescent a alors 15 ans et sur une dénonciation toute sa famille et lui sont arrêtés et emmenés par les SS. Direction Carcassonne où la famille retrouve de nombreuses familles israélites (lui emploi le mot juif) qu'on empile dans des wagons et direction Drancy de sinistre mémoire. mais auparavant, les parents n'ayant pas voulu donner l'adresse des autres membres de la famille ont copieusement été tabassés. ils ont fait parti du convoi 75 du 30 mai 1944, ils étaient 2400 à partir de Carcassonne, dont 104 enfants de moins de 18 ans, il n'en est revenu que 85 ! les chiffres sont effrayants

Arrivée a Drancy, la famille découvre l'horreur de l'internement, mais ils sont loin de s'imaginer ce qui les attend en haute Silésie à Auschwitz-Birkenau (je te passe la terrible description de leur voyage, de leurs souffrances imprescriptibles et de son arrivée, de l'odeur horrible qui se dégage des hautes cheminées et de leurs fumées noires). Séparé de son frère ainé, il insiste fermement pour rester avec lui, ce qui contre toute attente lui sauva la vie, car ses parents et ses sœurs, et ça il ne le saura que beaucoup plus tard, ont été emmenés pour une douche mortelle avant d'être jetés aux fours crématoires.

Ensuite c'est pour lui un combat à mort pour survivre, il s'est accroché à la vie, à moins que ce ne soit elle qui l'ai cramponné. Il a tout subi, tout supporté, la déshumanisation comme la souffrance, la faim, la soif, le froid intense que son pyjama rayé de bagnard n'arrêtait pas, la douleur et l'horreur, soutenu comme il le dit si bien « par une haine féroce, un espoir incroyable et son immense faculté à s'évader par le rêve, il ne rêve que des mois heureux qu'il a passé avec les siens dans ce joli village de Capendu qui a pris pour lui des airs de paradis sur terre, même si .... (Figure-toi qu'il connait le nom de la personne qui les a dénoncés à la gestapo, il refuse de le dire et je crois bien qu'il mourra avec son sinistre secret). il a vu mourir des milliers de jeunes gens, dans des conditions abominables, et cela il ne peut l'oublier, tu le vois dans ses yeux, il y a cette souffrance permanente qui transparait quant il te regarde, même quant il sourit son regard recèle toute la douleur d'un passé qui ne veut et ne peut s'effacer.

Doté d'un courage insurmontable il a réussi à résister à la Marche de la Mort, une marche forcée lors de laquelle la plupart des déportés sont morts de froids de faim, de dénutrition, ceux qui tombaient étaient abattus, il n'y a jamais eu de place pour les faibles dans les camps, mais là il y en avait encore moins, malheur au malade, malheur au fragile.   »Chaque camarade disparu est une étoile dans le ciel de l'humanité !« , des étoiles qui savaient que les nazis ne pouvaient se permettre de les laisser vivre :  »personne ne doit être retrouvé vivant« . ils passent donc dans deux autres camps aussi sinistres que le précédent, puis sont transportés entassés à la hâte sur une plateforme découverte avec le froid intense et la mort comme seules compagnes. Trois mois après l'évacuation d'Auschwitz il est libéré, on est le 11 avril 1945, à un mois près il aura passé 11 mois en enfer et à un jour près il aurait fini par lâcher la rampe et mourir d'épuisement et de détresse.

Rentré à Capendu, il ne pèse plus que 35 kg, il a juste seize ans, et plus de famille, sauf son frère aîné qui est arrivé à Nice après sa libération du camp. C'est au Maire de Capendu de l'époque, le Docteur Laffont, qu'il doit d'avoir réappris à vivre, à manger, à lutter. Son regret est à l’époque d’avoir quitté Capendu pour rejoindre un frère de 19 ans, qui était dans le même état que lui, ce qui n’a pas facilité du tout leur reconstruction.  »Ceux qui comme moi ont franchi les barrières de la première sélection, ont été des morts en sursis... Nous les survivants des camps d'extermination et de la mort lente, tenons la promesse faite : raconter l'indescriptible, montrer à l'humanité tout entière ce que des hommes ont fait à d'autres hommes« .

Voilà en substance ce qu'il a raconté à la cinquantaine de collégiens de 4ème et de 3ème du collège de Capendu ce 21 juin après midi, dans une température infernale et sous un ciel de plomb, un orage à tout casser, les adolescents avaient le regard surpris, blessé, ce qu'ils entendaient était pire que tout ce que leurs livres d'histoire pouvait leur raconter. Un silence lourd et pesant s'est installé durant tout le témoignage, nul n'osait se regarder. Il a fallu un moment aux jeunes pour se décider à poser de timides questions tellement ils ont eu du mal à croire ce qu'on leur racontait, et la vue d'un tatouage toujours aussi vivace, leur a fait toucher du doigt la réalité de cette atrocité.

Robert Marcault n'était pas seulement là pour rappeler encore et encore cette partie monstrueuse de notre histoire moderne, mais aussi pour dire : attention, cela continue encore de partout dans le monde, rien n'arrive à arrêter cette bête immonde. Soyez vigilants, je suis là pour vous avertir, n'écoutez pas les belles paroles, ne vous opposez pas aux autres, ils sont comme vous.  »Vous savez, avec du courage, de l'espoir et du rêve on peut se sortir de tout«  leur a t'il dit

A l'issue de son intervention, quand je lui ai demandé ce qui l'avait aidé à tenir à ce point là, il m'a répondu  »la haine, une haine féroce, une volonté de ne pas céder un centimètre de ma vie, et le rêve, j'ai toujours pu rêver de mon époque heureuse à Capendu. «  et là j'ai compris ce qu'il voulait dire, car il résiste encore et toujours. D'abord à l'indifférence qui l'a profondément blessé à son retour à la vie normale, personne ne désirait entendre ce qu'ils avaient à raconter. Personne ne voulait savoir, il a fallu de longues année de témoignage pour que l'histoire officielle se décide à raconter toute l'horreur des camps d'extermination et la Shoa. Une haine qui l'a conduit à traquer les nazis de partout dans le monde.

Il a aussi parlé de son immense amitié avec Jean Ferrat et son père (lui aussi déporté), ainsi que d'Elie Wiesel voisin de châlit, et de Serge Klarsfeld dont il a partagé les souffrances et les espoirs. Quand un des professeurs lui a parlé de solidarité dans les camps, un sourire ironique s'est dessiné sur ses lèvres, dans l'enfer où il était le mot solidarité était totalement inconnu, surtout quand on ne parlait pas la même langue que les autres et quant on était le plus jeune.

Et là coup de théâtre, il y avait dans la salle, une toute jeune femme de 22 ans, Aude (je ne sais pas son nom de famille), étudiante en éducation physique et en stage à Capendu, qui, quand elle a su que Robert Marcovici venait à Capendu, est venue assister à son témoignage.  Elle pleurait à chaude larmes, car elle venait de comprendre que ce Robert dont lui parlait toujours son grand père, aujourd'hui décédé, était là devant elle bien vivant, et qu'elle aussi était devenue un témoin en l'écoutant raconter cette année de vie qui en vaut 1000 puisqu'elle emplit encore la vie de Robert Marcault. C'est avec beaucoup de plaisir et immensément heureux qu'il a conversé durant de longues minutes avec elle, lui demandant des nouvelles de son grand père, il voulait tout savoir, tout ce passé qui lui avait manqué si durement. je t'assure que tous ceux qui étaient encore là, (une petite dizaine de personne, dont Jean Jacques Camel, le Maire du Village, et Christophe Dussargues le principal du Collège), avaient les larmes aux yeux.

Ce qui m'a terriblement marqué, outre son témoignage effrayant, c'était, cette voix douce, sereine et ferme avec laquelle il portait son témoignage, on sentait là une volonté immense de dire l’indescriptible et d’être entendu.

Merci à vous Robert Marcaux, j'ai eu l'immense pricilège de vous rencontrer et grâce à vous je deviens maintenant moi aussi un témoin, et je n'aurai de cesse de relayer le souvenir de l'inommable pour ne plus que celà se produise.

Merci aussi à vous amis qui avez lu ce texte jusqu'au bout, l'article résultant de cette formidable rencontre sera en ligne trés rapidement. Seule la parole dite et redite va perpétuer ce message "IL FAUT RESTER VIGILANT !", les derniers témoins de ce crime contre l'humanité sont maintenant trés âgés, c'est à nous de devenir leur relais.

Un grand merci aussi à la rédaction régionale de Midi Libre qui m'a incitée à mettre ce texte sur mon blog.

Geneviève

Commentaires

Bonjour
Félicitations pour cet article!j ai été content de retrouver mon ami Robert!j aurai aimé être la le jour de la cérémonie!je me rappellerai toujours de la photo de ces deux petites filles sur ce terrible murs à auschwitz!

Écrit par : Fabrice bel | dimanche, 24 juin 2012

Bonjour Monsieur Bel, j'ai vu Monsieur Marcault, je lui ai parlé, et j'ai aimé l'homme que j'avais en face de moi, un homme digne, fier, désireux de ne rien oublier et de faire tout que ça ne continue pas où que ce soit dans le monde. lui le survivant il est devenu "SENTINELLE De l'HISTOIRE3;

Écrit par : Geneviève Grassaud | lundi, 25 juin 2012

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