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mercredi, 27 juin 2012

Robert Marcault « Sentinelle de l’histoire », ouvre sa mémoire au souvenir d’Auschwitz-Birkenau


C’est par la diffusion d’un court métrage illustrant en photos le magnifique texte de Nuit et Brouillard de Jean Ferrat et terminé par le poignant Chant des Déportés qu’a débuté le témoignage de la Sentinelle de l’Histoire. « Si je suis là, c’est pour vous mettre en garde : n’écoutez pas les sirènes qui vous invitent à la haine de l’autre, des différences… dites non à l’horreur, autour de vous, à vos parents, à vos amis » martèle d’une voix calme, douce et déterminée Robert Marcault, plus connu au village sous le nom de Robert Marcovici (il en a changé sur proposition du Conseil d’Etat). Un préambule qui donne d’entrée le ton du témoignage horrifiant que vont entendre la cinquantaine de personnes présentes dans la salle, élus, professeurs, principal ou collégiens.

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Plus habitué à parler devant près de 600 personnes, l’ancien déporté, est revenu dans son village d’adoption, un village qu’il n’a jamais cessé d’aimer et de chérir, même au plus profond de l’enfer. Il venait pour enfin lui dire l’indescriptible. C’est à Capendu que se sont arrêtés ses souvenirs heureux vécus au château des Lierres avec l’amour de ses parents, son frère Edgard 18 ans, ses sœurs Mireille 13 et Claude 6 ans. Une dénonciation,  et de la « maison Thémines » - où après l’arrivée des allemands en zone libre ils ont dû être relogés – ils seront arrêtés le jour de l’Ascension 1944. et Après un sévère passage à tabac de ses parents, ils sont emmenés en wagons plombés de Carcassonne à Drancy avant de partir pour le plus sinistre des voyages pour le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau . Ils ont fait partie du convoi n° 75 du 30 mai 1944. Il ne reverra plus jamais ses parents et ses deux jeunes sœurs, gazés et envoyés au four crématoire dès leur arrivée.

 

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Seule, sa voix douce et mesurée brise la chape de plomb qui s’est abattue sur la salle, plus personne n’ose le regarder en face. Ce qu’ils voient et écoutent dépasse l’entendement ! Ils ont en face d’eux, un être qui a tout supporté : l’ignominie, la souffrance, le froid, la faim, la soif, l’inavouable d’une déshumanisation totale, et qui le temps d’une après-midi est redevenu l’adolescent de 15 ans plein de rêves et de projets qu’on a écrabouillé comme un insecte au fin fond du plus terrible des camps d’extermination. Quand il a enfin été libéré, à 16 ans, il n’avait plus que l’espoir et ses rêves pour se raccrocher à la vie.

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Quand on lui demande comment il a pu survivre à tant d’atrocités, il répond d’une voix métallique «  la haine, une haine féroce, l’espoir et le rêve, je voyais toutes les nuits les jours heureux à Capendu, c’est grâce à ça que je suis resté en vie ! ». C’est ce qui lui a permis contre toute attente de résister à l’innommable et plus tard aux terribles « marches de la mort ». En 1945, il faisait partie des 85 survivants sur les 1004 déportés du convoi 75. Seuls 2,5 % des juifs déportés de France étaient en vie à la Libération (2 500 sur 76 000). De son retour à la vie, il ne parlera que très peu.

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C’est à Capendu, avec l’aide précieuse du docteur Laffont, qu’il s’est reconstitué, il ne pesait environ 30 kg. Et depuis, pour témoigner encore et encore de sa terrible histoire, pour avertir, souhaitant être comme tous les survivants de l’extermination programmée et industrialisée nazie une « Sentinelle de l’histoire ». Muets et pétrifiés, les adolescents ont eu du mal à accepter ce qu’ils venaient d’entendre, et c’est avec beaucoup de difficultés qu’ils ont posé quelques questions, d’une voix mal assurée, n’osant pas affronter la réalité des choses.

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Une date à retenir

Ce vendredi à 14 h, la mairie capenducienne accueillera Robert Marcault pour donner - afin que leur souvenir perdure à Capendu, le nom des deux jeunes sœurs « Mireille et Claude Marcovici » à l’une des salles de la mairie - celle qui leur a servi de classe avant l’innommable.




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