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mercredi, 08 mai 2013

Ne les oubliez pas : Elle s’appelait Claude, elle s’appelait Mireille, on ne leur a pas laissé la chance de grandir

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Mireille et Claude, deux fillettes sacrifiées sur l'autel de la haine de l'autre

Claude et Mireille, deux petites filles, l’une de 6 ans, l’autre de 13, deux visages radieux, souriants, heureux, que ne sont pas prêts d’oublier les très nombreux capenduciens venus se souvenir ce vendredi 29 juin 2012. Ils avaient rendez-vous avec l’Histoire, leur histoire, celle de leur enfance. Une histoire qui par la folie des hommes a pris une coloration manichéenne. Claude et Mireille, cela pourrait être un joli conte de fée, elles vivaient heureuses avec Papa Manus et Maman Paule, elles riaient avec leurs grands frères Edgard, 18 ans et Robert, 15. Mais, car il y avait un mais, ils avaient, aux yeux de certains, le grand malheur d’appartenir à un peuple honni par tout le régime nazi qui avait juré de le détruire. Ils étaient, les « dangereuses émanations d’une race » qu’il fallait à tout prix éliminer, puisque le führer l’avait dit !

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Il n’y avait malheureusement pas que les allemands qui pensaient cela en 1944, puisque un jour de mai, la famille fut dénoncée, arrêtée sans ménagement pour être envoyée, sans compassion, sans un sentiment de pitié ou d’égard pour le tout jeune âge de Mireille et Claude, mourir dans les plus horribles conditions. Il fallait que rien ne puisse plus rappeler qu’elles avaient un jour existé.

 

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Auschwitz-Birkenau, telle était leur dernière destination, un lieu d’abominations, inhumain, terrible. Elles s’appelaient Claude et Mireille Marcovici et étaient capenduciennes. Comme les 11400 enfants déportés de France, elles ont été assassinées uniquement parce qu’elle étaient nées : chambres à gaz et fours crématoires resteront pour toujours la honte de l’humanité et des démocraties endormies.

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Si les capenduciens étaient choqués par ce qui s’était passé dans ce joli petit village si tranquille, il leur a fallu attendre Robert à son retour de l’enfer en 1945, accueilli par le docteur Fernand Laffont, pour comprendre que plus jamais les rues et ruelles ne résonneraient de leurs rires heureux. De cette famille martyre, dont les noms pour quatre de ses membres sont inscrits sur le Monument aux Morts de la mairie, et dont deux rues du village portent le nom, seuls sont revenus Robert et Edgard son aîné récemment disparu, tous deux marqués à vie dans leur âme et leur chair.


Ce 29

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juin 2012, à 14 h Robert et les siens étaient présents pour assister au dévoilement de la plaque à leurs noms éclairée de leurs deux jolis sourires car enfin on allait à l’initiative de la Municipalité « nommer » cette salle de classe qui fut la leur au temps où la mairie était l’école du village.

 

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Si les capenduciens et nombreux invités étaient heureux de la présence des élus, préfets, et officiels, la seule personne qui mobilisait l’attention, c’était Robert. Chacun autour de lui, timidement, impressionné par ces retrouvailles qu’ils n’osaient même plus espérer, un par un, faisant fi de tout le décorum d’une telle cérémonie ont entouré Robert et l’espace d’un instant, un instant seulement, les larmes aux yeux, ils ont revécu les moments heureux de leur jeunesse. Les cœurs battants d’émotions, l’enfant du village était enfin de retour. Les discours, la cérémonie prenante sur les mêmes lieux 68 ans après… il leur tardait de récupérer leur copain d’enfance pour reparler avec lui des temps heureux « laissez le nous encore un peu », et c’était un réel plaisir que de voir ces visages marqués par des années de vie, redevenir ceux des enfants de 1944. Pure joie que de voir le visage illuminé d’émotion de Robert, le « militant de la mémoire » qui avait retrouvé ses copains d’alors.

Ne les oubiez

La plaque dévoilée et la salle baptisée « Mireille et Claude Marcovici » restera à tout jamais la marque de leur présence dans ce village de Capendu.

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